Au moment où Contenson rentra dans la salle à manger, le vieux Peyrade, qui d’ailleurs avait notablement bu, gobait la petite cerise de sa plombière. On portait la santé de madame du Val-Noble, le Nabab remplit son verre d’un vin dit de Constance, et le vida. Quelque troublé que fût Contenson par la nouvelle qu’il allait apprendre à Peyrade, il fut, en rentrant, frappé de la profonde attention avec laquelle Paccard regardait le Nabab. Les deux yeux du valet de madame de Champy ressemblaient à deux flammes fixes. Cette observation, malgré son importance, ne devait cependant pas retarder le mulâtre, et il se pencha vers son maître au moment où Peyrade replaçait son verre vide sur la table.

—Lydie est à la maison, dit Contenson, et dans un bien triste état.

Peyrade lâcha le plus français de tous les jurons français avec un accent méridional si prononcé que le plus profond étonnement parut sur la figure de tous les convives. En s’apercevant de sa faute, Peyrade avoua son déguisement en disant à Contenson en bon français:—Trouve un fiacre!... je fiche le camp.

Tout le monde se leva de table.

—Qui donc êtes-vous? s’écria Lucien.

Ui!... dit le baron.

—Bixiou m’avait soutenu que vous saviez faire l’Anglais mieux que lui, et je ne voulais pas le croire, dit Rastignac.

—C’est quelque banqueroutier découvert, dit du Tillet à haute voix, je m’en doutais!...

—Quel singulier pays que Paris!... dit madame du Val-Noble. Après avoir fait faillite dans son quartier, un marchand y reparaît en nabab ou en dandy aux Champs-Élysées impunément!... Oh! j’ai du malheur, la faillite est mon insecte.

—On dit que toutes les fleurs ont le leur, dit tranquillement Esther, le mien ressemble à celui de Cléopâtre, un aspic.