Le railleur croyait railler, il était prophète.

Monsieur de Nucingen ne se montra chez lui que lundi vers midi. A une heure, son Agent de change lui apprit que mademoiselle Esther Van-Gobseck avait fait vendre l’inscription de trente mille francs de rentes dès vendredi, et qu’elle venait d’en toucher le prix.

—Mais, monsieur le baron, dit-il, le premier clerc de Maître Derville est venu chez moi au moment où je parlais de ce transfert; et, après avoir vu les véritables noms de mademoiselle Esther, il m’a dit qu’elle héritait d’une fortune de sept millions.

Pah!

—Oui, elle serait l’unique héritière du vieil escompteur Gobseck... Derville va vérifier les faits. Si la mère de votre maîtresse est la belle Hollandaise, elle hérite...

Che le sais, dit le banquier, ele m’a ragondé sa fie... Che fais égrire ein mod à Terfile!...

Le baron se mit à son bureau, fit un petit billet à Derville, et l’envoya par un de ses domestiques. Puis, après la Bourse, il revint sur les trois heures chez Esther.

—Madame a défendu de l’éveiller sous quelque prétexte que ce soit, elle s’est couchée, elle dort...

Ah! tiaple, s’écria le baron. Irobe, èle ne se vacherait bas t’abbrentre qu’ele teffient rigissime... Elle héride te sedde milions. Le fieux Copseck ed mord et laisse ces sedde milions, et da maîtresse ed son inique héridière, sa mère édant la brobre niaise te Cobseck..... Che ne boufais bas subssonner qu’ein milionaire, gomme lui, laissâd Esder tans le missèrre...

—Ah! bien, votre règne est bien fini, vieux saltimbanque! lui dit Europe en regardant le baron avec une effronterie digne d’une servante de Molière. Hue! vieux corbeau d’Alsace!... Elle vous aime à peu près comme on aime la peste!... Dieu de Dieu! des millions!... mais elle peut épouser son amant! Oh! sera-t-elle contente!