—Il a hérité, dit Finot.
—De qui? dit Blondet.
—Des sots qu’il a rencontrés, reprit Couture.
—Il n’a pas tout pris, mes petits amours, dit Bixiou:
... Remettez-vous d’une alarme aussi chaude;
Nous vivons dans un temps très-ami de la fraude.
Je vais vous raconter l’origine de sa fortune. D’abord, hommage au talent! Notre ami n’est pas un gars, comme dit Finot, mais un gentleman qui sait le jeu, qui connaît les cartes et que la galerie respecte. Rastignac a tout l’esprit qu’il faut avoir dans un moment donné, comme un militaire qui ne place son courage qu’à quatre-vingt-dix jours, trois signatures et des garanties. Il paraîtra cassant, brise-raison, sans suite dans les idées, sans constance dans ses projets, sans opinion fixe; mais s’il se présente une affaire sérieuse, une combinaison à suivre, il ne s’éparpillera pas, comme Blondet que voilà! et qui discute alors pour le compte du voisin, Rastignac se concentre, se ramasse, étudie le point où il faut charger, et il charge à fond de train. Avec la valeur de Murat, il enfonce les carrés, les actionnaires, les fondateurs et toute la boutique; quand la charge a fait son trou, il rentre dans sa vie molle et insouciante, il redevient l’homme du midi, le voluptueux, le diseur de riens, l’inoccupé Rastignac, qui peut se lever à midi parce qu’il ne s’est pas couché au moment de la crise.
—Voilà qui va bien, mais arrive donc à sa fortune, dit Finot.
—Bixiou ne nous fera qu’une charge, reprit Blondet. La fortune de Rastignac, c’est Delphine de Nucingen, femme remarquable, et qui joint l’audace à la prévision.
—T’a-t-elle prêté de l’argent? demanda Bixiou.