BIXIOU.
Oui, monsieur, et il a voulu recevoir les saints sacrements. Mais pour les recevoir, savez-vous comment il s’y est pris? il a mis ses habits de Gentilhomme ordinaire de la Chambre, tous ses Ordres, enfin il s’est fait poudrer; on lui a serré sa queue (pauvre queue) dans un ruban neuf. Or, je dis qu’il n’y a qu’un homme de beaucoup de caractère qui puisse se faire faire la queue au moment de sa mort; nous voilà huit ici, il n’y en a pas un seul de nous qui se la ferait faire. Ce n’est pas tout, il a dit, car vous savez qu’en mourant tous les hommes célèbres font un dernier speech (mot anglais qui signifie tartine parlementaire), il a dit... Comment a-t-il dit cela? Ah! «Je dois bien me parer pour recevoir le Roi du ciel, moi qui me suis tant de fois mis sur mon quarante et un pour aller chez le Roi de la terre!» Voilà comment a fini monsieur de La Billardière, il a pris à tâche de justifier ce mot de Pythagore: On ne connaît bien les hommes qu’après leur mort.
COLLEVILLE (entrant).
Enfin, messieurs, je vous annonce une fameuse nouvelle...
TOUS.
Nous la savons.
COLLEVILLE.
Je vous en défie bien, de la savoir! J’y suis depuis l’avénement de Sa Majesté aux trônes collectifs de France et de Navarre. Je l’ai achevée cette nuit avec tant de peine que madame Colleville me demandait ce que j’avais à me tant tracasser.
DUTOCQ.
Croyez-vous qu’on ait le temps de s’occuper de vos anagrammes quand le respectable monsieur de La Billardière vient d’expirer?...