—Ceux que j’emploie, répliqua Fromenteau tranquillement.

—Y a-t-il au-dessous? demanda Bixiou.

—Oui, monsieur, répondit l’espion. Il y a ceux qui nous donnent des renseignements sans le savoir et sans se les faire payer. Je mets les sots et les niais au-dessous de la canaille.

—Elle est souvent belle et spirituelle, la canaille! s’écria Léon.

—Vous êtes donc de la police, demanda Gazonal en regardant avec une inquiète curiosité ce petit homme sec, impassible et vêtu comme un troisième clerc d’huissier.

—De laquelle parlez-vous? dit Fromenteau.

—Il y en a donc plusieurs?

—Il y en a eu jusqu’à cinq, répondit Fromenteau. La judiciaire, dont le chef a été Vidocq!—La contre-police, dont le chef est toujours inconnu.—La police politique, celle de Fouché. Puis celle des affaires étrangères, et celle du château (l’Empereur, Louis XVIII, etc.), qui se chamaillait avec celle du quai Malaquais. Ça a fini à M. Decazes. J’appartenais à celle de Louis XVIII, j’en étais dès 1793, avec ce pauvre Contenson.

Léon de Lora, Bixiou, Gazonal et Gaillard se regardèrent tous en exprimant la même pensée:—A combien d’hommes a-t-il fait couper le cou?

—Maintenant, on veut aller sans nous, une bêtise! reprit après une pause ce petit homme devenu si terrible en un moment. A la préfecture, depuis 1830, ils veulent d’honnêtes gens; j’ai donné ma démission, et je me suis fait un petit tran-tran avec les arrestations pour dettes...