—Ton tableau, dit Léon, est-il fini?

—Entièrement fini, reprit Dubourdieu. J’ai tâché de voir Hiclar pour qu’il compose une symphonie; je voudrais qu’en voyant cette composition, on entendît une musique à la Beethoven qui en développerait les idées afin de les mettre à la portée des intelligences sous deux modes. Ah! si le gouvernement voulait me prêter une des salles du Louvre...

—Mais j’en parlerai, si tu veux, car il ne faut rien négliger pour frapper les esprits...

—Oh! mes amis préparent des articles, mais j’ai peur qu’ils n’aillent trop loin...

—Bah! dit Bixiou, ils n’iront pas si loin que l’avenir...

Dubourdieu regarda Bixiou de travers, et continua son chemin.

—Mais c’est un fou, dit Gazonal, le course de la lune le guide.

—Il a de la main, il a du savoir... dit Léon; mais le fouriérisme l’a tué. Tu viens de voir là, cousin, l’un des effets de l’ambition chez les artistes. Trop souvent, à Paris, dans le désir d’arriver plus promptement que par la voie naturelle à cette célébrité qui pour eux est la fortune, les artistes empruntent les ailes de la circonstance, ils croient se grandir en se faisant les hommes d’une chose, en devenant les souteneurs d’un système, et ils espèrent changer une coterie en public. Tel est Républicain, tel autre était Saint-Simonien, tel est Aristocrate, tel Catholique, tel Juste Milieu, tel Moyen-Age ou Allemand par parti pris. Mais si l’opinion ne donne pas le talent, elle le gâte toujours, témoin le pauvre garçon que vous venez de voir. L’opinion d’un artiste doit être la foi dans les œuvres... et son seul moyen de succès, le travail quand la nature lui a donné le feu sacré.

—Sauvons-nous, dit Bixiou, Léon moralise.

—Et cet homme était de bonne foi? s’écria Gazonal encore stupéfait.