Le pédicure parlait d’un air moitié sérieux, moitié badin, qui faisait frissonner Gazonal.
—Ainsi, dit le Méridional, plus de religion?
—Plus de religion de l’État, reprit le pédicure en soulignant les deux derniers mots, chacun aura la sienne. C’est fort heureux qu’on protége en ce moment les couvents, ça nous prépare les fonds de notre gouvernement. Tout conspire pour nous. Ainsi tous ceux qui plaignent les peuples, qui braillent sur la question des prolétaires et des salaires, qui font des ouvrages contre les Jésuites, qui s’occupent de l’amélioration de n’importe quoi... les Communistes, les Humanitaires... vous comprenez, tous ces gens-là sont notre avant-garde. Pendant que nous amassons de la poudre, ils tressent la mèche à laquelle l’étincelle d’une circonstance mettra le feu.
—Ah çà! que voulez-vous donc pour le bonheur de la France? demanda Gazonal.
—L’égalité pour les citoyens, le bon marché de toutes les denrées... Nous voulons qu’il n’y ait plus de gens manquant de tout, et des millionnaires, des suceurs de sang et des victimes!
—C’est ça! le maximum et le minimum, dit Gazonal.
—Vous avez dit la chose, répliqua nettement le pédicure.
—Plus de fabricants?... demanda Gazonal.
—On fabriquera pour le compte de l’État, nous serons tous usufruitiers de la France... On y aura sa ration comme sur un vaisseau, et tout le monde y travaillera selon ses capacités.
—Bon, dit Gazonal, et en attendant que vous puissiez couper la tête aux aristocrates...