—Nous ne sommes pas aussi noirs que le diable, s’écria le pâtissier.
Gagnée par l’accent de bienveillance qui animait les paroles des charitables boutiquiers, la dame avoua qu’elle avait été suivie par un homme, et qu’elle avait peur de revenir seule chez elle.
—Ce n’est que cela? reprit l’homme au bonnet rouge. Attends-moi, citoyenne.
Il donna le louis à sa femme. Puis, mû par cette espèce de reconnaissance qui se glisse dans l’âme d’un marchand quand il reçoit un prix exorbitant d’une marchandise de médiocre valeur, il alla mettre son uniforme de garde national, prit son chapeau, passa son briquet et reparut sous les armes; mais sa femme avait eu le temps de réfléchir. Comme dans bien d’autres cœurs, la réflexion ferma la main ouverte de la Bienfaisance. Inquiète et craignant de voir son mari dans quelque mauvaise affaire, la femme du pâtissier essaya de le tirer par le pan de son habit pour l’arrêter; mais, obéissant à un sentiment de charité, le brave homme offrit sur-le-champ à la vieille dame de l’escorter.
—Il paraît que l’homme dont a peur la citoyenne est encore à rôder devant la boutique, dit vivement la jeune femme.
—Je le crains, dit naïvement la dame.
—Si c’était un espion? si c’était une conspiration? N’y va pas, et reprends-lui la boîte....
Ces paroles, soufflées à l’oreille du pâtissier par sa femme, glacèrent le courage impromptu dont il était possédé.
—Eh! je m’en vais lui dire deux mots, et vous en débarrasser sur-le-champ, s’écria le pâtissier en ouvrant la porte et sortant avec précipitation.
La vieille dame, passive comme un enfant et presque hébétée, se rassit sur sa chaise. L’honnête marchand ne tarda pas à reparaître, son visage, assez rouge de son naturel et enluminé d’ailleurs par le feu du four, était subitement devenu blême; une si grande frayeur l’agitait que ses jambes tremblaient et que ses yeux ressemblaient à ceux d’un homme ivre.