Et, après avoir regardé la boutique pendant quelques instants comme s’il y achevait son examen, il emmena Camusot le long du quai, sans que Camusot pût croire à autre chose qu’à un hasard.

—Vous allez interroger ce matin monsieur de Rubempré, dit le procureur général. Pauvre jeune homme, je l’aimais...

—Il y a bien des charges contre lui, dit Camusot.

—Oui, j’ai vu les notes de la police; mais elles sont dues, en partie, à un agent qui ne dépend pas de la préfecture, au fameux Corentin, un homme qui a fait couper le cou à plus d’innocents que vous n’enverrez de coupables à l’échafaud, et... Mais ce drôle est hors de notre portée. Sans vouloir influencer la conscience d’un magistrat tel que vous, je ne peux pas m’empêcher de vous faire observer que, si vous pouviez acquérir la conviction de l’ignorance de Lucien relativement au testament de cette fille, il en résulterait qu’il n’avait aucun intérêt à sa mort, car elle lui donnait prodigieusement d’argent!...

—Nous avons la certitude de son absence pendant l’empoisonnement de cette Esther, dit Camusot. Il guettait à Fontainebleau le passage de mademoiselle de Grandlieu et de la duchesse de Lenoncourt.

—Oh! reprit le procureur général, il conservait, sur son mariage avec mademoiselle de Grandlieu, de telles espérances (je le tiens de la duchesse de Grandlieu elle-même) qu’il n’est pas possible de supposer un garçon si spirituel compromettant tout par un crime inutile.

—Oui, dit Camusot, surtout si cette Esther lui donnait tout ce qu’elle gagnait...

—Derville et Nucingen disent qu’elle est morte ignorant la succession qui lui était depuis longtemps échue, ajouta le procureur-général.

—Mais, à quoi croyez-vous donc alors? demanda Camusot, car il y a quelque chose.

—A un crime commis par les domestiques, répondit le procureur général.