—Elle dort, dit l’abbé, jamais je ne l’ai vue si fatiguée.

—Durieu m’a dit que sa jument est comme fourbue, reprit madame d’Hauteserre, son fusil n’a pas servi, le bassinet était clair, elle n’a donc pas chassé.

—Ah! sac à papier! reprit le curé, voilà qui ne vaut rien.

—Bah! s’écria mademoiselle Goujet, quand j’ai eu mes vingt-trois ans et que je me voyais condamnée à rester fille, je courais, je me fatiguais bien autrement. Je comprends que la comtesse se promène à travers le pays sans penser à tuer le gibier. Voilà bientôt douze ans qu’elle n’a vu ses cousins, elle les aime; eh bien! à sa place, moi, si j’étais comme elle jeune et jolie, j’irais d’une seule traite en Allemagne! Aussi la pauvre mignonne, peut-être est-elle attirée vers la frontière.

—Vous êtes leste, mademoiselle Goujet, dit le curé en souriant.

—Mais, reprit-elle, je vous vois inquiet des allées et venues d’une jeune fille de vingt-trois ans, je vous les explique.

—Ses cousins rentreront, elle se trouvera riche, elle finira par se calmer, dit le bonhomme d’Hauteserre.

—Dieu le veuille! s’écria la vieille dame en prenant sa tabatière d’or qui depuis le Consulat à vie avait revu le jour.

—Il y a du nouveau dans le pays, dit le bonhomme d’Hauteserre au curé, Malin est depuis hier soir à Gondreville.

—Malin! s’écria Laurence réveillée par ce nom malgré son profond sommeil.