Des larmes vinrent aux yeux de Michu qui resta cloué sur la feuille du parquet où il était.
—Y avait-il des témoins, quand tu t’es embusqué pour tirer sur Malin? demanda le marquis de Chargebœuf.
—Grévin le notaire causait avec lui, c’est ce qui m’a empêché de le tuer, et bien heureusement! Madame la comtesse sait le pourquoi, dit Michu en regardant sa maîtresse.
—Ce Grévin n’est pas le seul à le savoir? dit monsieur de Chargebœuf qui parut contrarié de cet interrogatoire, quoique fait en famille.
—Cet espion qui, dans le temps, est venu pour entortiller mes maîtres, le savait aussi, répondit Michu.
Monsieur de Chargebœuf se leva comme pour regarder les jardins, et dit:—Mais vous avez bien tiré parti de Cinq-Cygne. Puis il sortit, suivi par les deux frères et par Laurence qui devinèrent le sens de cette interrogation.
—Vous êtes francs et généreux, mais toujours imprudents, leur dit le vieillard. Que je vous avertisse d’un bruit public qui doit être une calomnie, rien de plus naturel; mais voilà que vous en faites une vérité pour des gens faibles comme monsieur, madame d’Hauteserre, et pour leurs fils. Oh! jeunes gens, jeunes gens! Vous devriez laisser Michu ici, et vous en aller, vous. Mais, en tout cas, si vous restez dans ce pays, écrivez un mot au sénateur au sujet de Michu, dites-lui que vous venez d’apprendre par moi les bruits qui couraient sur votre fermier et que vous l’avez renvoyé.
—Nous! s’écrièrent les deux frères, écrire à Malin, à l’assassin de notre père et de notre mère, au spoliateur effronté de notre fortune!
—Tout cela est vrai; mais il est un des plus grands personnages de la cour impériale, et le roi de l’Aube.
—Lui qui a voté la mort de Louis XVI dans le cas où l’armée de Condé entrerait en France, sinon la réclusion perpétuelle, dit la comtesse de Cinq-Cygne.