—Quant à moi, ma mère, dit Robert, j’ai une faim de loup.
Madame d’Hauteserre, toujours troublée, offrit au marquis de Simeuse une assiette qu’elle destinait au cadet.
—Je suis comme votre mère, je me trompe toujours, même malgré vos cravates. Je croyais servir votre frère, lui dit-elle.
—Vous le servez mieux que vous ne pensez, dit le cadet en pâlissant. Le voilà comte de Cinq-Cygne.
Ce pauvre enfant si gai devint triste pour toujours; mais il trouva la force de regarder Laurence en souriant, et de comprimer ses regrets mortels. En un instant, l’amant s’abîma dans le frère.
—Comment! la comtesse aurait fait son choix? s’écria la vieille dame.
—Non, dit Laurence, nous avons laissé agir le sort, et vous en étiez l’instrument.
Elle raconta la convention stipulée le matin. L’aîné des Simeuse, qui voyait s’augmenter la pâleur du visage chez son frère, éprouvait de moment en moment le besoin de s’écrier:—Épouse-la, j’irai mourir, moi! Au moment où l’on servait le dessert, les habitants de Cinq-Cygne entendirent frapper à la croisée de la salle à manger, du côté du jardin. L’aîné des d’Hauteserre, qui alla ouvrir, livra passage au curé dont la culotte s’était déchirée aux treillis en escaladant les murs du parc.
—Fuyez, on vient vous arrêter!
—Pourquoi?