Lassé de lui-même, Godefroid voulut un matin donner un sens à sa vie en rencontrant un de ses camarades qui avait été la tortue de la fable de La Fontaine comme il en était le lièvre. Dans une de ces conversations provoquées par une reconnaissance entre amis de collége et tenue en se promenant au soleil sur le boulevard des Italiens, il fut atterré de trouver tout arrivé celui qui, doué en apparence de moins de moyens, de moins de fortune que lui, s’était mis à vouloir chaque matin ce qu’il voulait la veille. Le malade résolut alors d’imiter cette simplicité d’action.
—La vie sociale est comme la terre, lui avait dit son camarade, elle nous donne en raison de nos efforts.
IMP. S. RAÇON.
GODEFROID
offrait ce visage qui se rencontre chez tant d’hommes qu’il est devenu le type parisien.
(L’ENVERS DE L’HISTOIRE CONTEMPORAINE.)
Godefroid s’était endetté déjà. Pour première punition, pour première tâche, il s’imposa de vivre à l’écart en payant sa dette sur son revenu. Chez un homme habitué à dépenser six mille francs quand il en avait cinq, ce n’était pas une petite entreprise que de se réduire à vivre de deux mille francs. Il lut tous les matins les Petites-Affiches, espérant y trouver un asile où ses dépenses pussent être fixées, où il pût jouir de la solitude nécessaire à un homme qui voulait se replier sur lui-même, s’examiner, se donner une vocation. Les mœurs des pensions bourgeoises du quartier latin choquèrent sa délicatesse, les maisons de santé lui parurent malsaines, et il allait retomber dans les fatales irrésolutions des gens sans volonté, lorsqu’il fut frappé par l’annonce suivante.