La curiosité de Godefroid fut excitée au plus haut degré par ce début. Après le déjeuner, en rentrant au salon, on le laissa seul, et madame de La Chanterie alla tenir un petit conseil secret dans l’embrasure d’une des croisées avec les quatre amis. Cette conférence, sans aucune animation, dura près d’une demi-heure. On parlait à voix basse, en échangeant des paroles que chacun semblait avoir mûries. De temps en temps, monsieur Alain et monsieur Joseph consultaient un carnet en le feuilletant.

—Voyez le faubourg, dit madame de La Chanterie à monsieur Nicolas qui partit.

Ce fut la première parole que Godefroid put saisir.

—Et vous le quartier Saint-Marceau, reprit-elle en s’adressant à monsieur Joseph. Battez le faubourg Saint-Germain et tâchez d’y trouver ce qu’il nous faut!... ajouta-t-elle en regardant l’abbé de Vèze qui sortit aussitôt.

—Et vous, mon cher Alain! dit-elle en souriant au dernier, passez la revue...—Voici les affaires d’aujourd’hui décidées, dit-elle en revenant à Godefroid.

Et elle s’assit dans son fauteuil, prit sur une petite table devant elle du linge taillé qu’elle se mit à coudre, comme si elle eût été à la tâche.

Godefroid, perdu dans ses conjectures et croyant à une conspiration royaliste, prit la phrase de son hôtesse pour une ouverture, et il se mit à l’étudier en s’asseyant près d’elle. Il fut frappé de la dextérité singulière avec laquelle travaillait cette femme, en qui tout trahissait la grande dame; elle avait une prestesse d’ouvrière, car tout le monde peut, à certaines façons, reconnaître le faire de l’ouvrier et celui d’un amateur.

—Vous allez, lui dit Godefroid, comme si vous connaissiez ce métier!...

—Hélas! répondit-elle sans lever la tête, je l’ai fait jadis par nécessité!...

Deux grosses larmes jaillirent des yeux de cette vieille femme, et tombèrent du bas de ses joues sur le linge qu’elle tenait.