Godefroid salua madame de La Chanterie et remonta dans sa chambre, où il jeta le livre sur une table en s’écriant:—Pauvre bonne femme!... va!...

Le livre, comme tous les livres fréquemment lus, s’ouvrit à un endroit. Godefroid s’assit comme pour mettre ses idées en ordre, car il avait éprouvé plus d’émotion dans cette matinée que durant les mois les plus agités de sa vie, et sa curiosité surtout n’avait jamais été si vivement excitée. En laissant aller ses yeux au hasard, comme il arrive aux gens dont l’âme est lancée dans la méditation, il regarda machinalement les deux pages que présentait le livre, et il lut malgré lui cet intitulé:

CHAPITRE XII.
DU CHEMIN ROYAL DE LA SAINTE CROIX.

Et il prit le livre! Et cette phrase de ce beau chapitre saisit son regard comme par un flamboiement.

«Il a marché devant vous chargé de sa croix, et il est mort pour vous, afin que vous portiez votre croix et que vous désiriez y mourir.

»Allez où vous voudrez, faites tant de recherches qu’il vous plaira, vous ne trouverez pas de voies plus élevées ni plus sûres que le chemin de la sainte croix.

»Disposez et réglez toutes choses selon vos désirs et vos vues, vous n’y rencontrerez qu’un engagement à souffrir toujours quelques peines, soit que vous le vouliez ou non, et ainsi vous trouverez toujours la croix; car vous vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous aurez à souffrir des peines dans l’esprit.

»Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt les hommes vous donneront de l’exercice. Bien plus, vous serez souvent à charge à vous-même, sans pouvoir être délivré par aucun remède, ni soulagé par aucune consolation; et jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu d’y mettre fin, vous serez obligé de souffrir, car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolations, afin que vous vous soumettiez à lui sans réserve, et que vous deveniez plus humble par le moyen des tribulations.»

—Quel livre! se dit-il en feuilletant ce chapitre.

Et il tomba sur ces paroles: