De l’origine aux résultats, la trame est compliquée, les détails sont nombreux: l’instruction a duré plus d’une année; mais l’évidence, attachée à tous les pas du crime, en a éclairé les préparatifs, l’exécution et les suites.
La pensée du complot appartient au nommé Charles-Amédée-Louis-Joseph Rifoël, se disant chevalier du Vissard, né au Vissard, commune de Saint-Mexme, près Ernée, ancien chef de rebelles.
Ce coupable, à qui S. M. l’Empereur et Roi avait fait grâce lors de la pacification définitive, et qui n’a reconnu la magnanimité du souverain que par de nouveaux crimes, a subi déjà, par le dernier supplice, le châtiment dû à tant de forfaits; mais il est nécessaire de rappeler quelques-unes de ses actions, car il a influé sur les coupables actuellement déférés à la justice, et il se rattache à chaque particularité du procès.
Ce dangereux agitateur, caché, selon l’habitude des rebelles, sous le nom de Pierrot, errait dans les départements de l’Ouest, en y recueillant les éléments d’une nouvelle révolte; mais son asile le plus sûr fut le château de Saint-Savin, résidence d’une dame Lechantre et de sa fille, la dame Bryond, sis commune de Saint-Savin, arrondissement de Mortagne. Ce point stratégique se rattache aux plus affreux souvenirs de la rébellion de 1799. Là, le courrier fut assassiné, sa voiture pillée par une bande de brigands, sous le commandement d’une femme, aidée par le trop fameux Marche-à-terre. Ainsi, dans ces lieux le brigandage est en quelque sorte endémique.
Une intimité que nous n’essaierons pas de qualifier existait depuis plus d’un an entre la dame Bryond et ce nommé Rifoël.
Ce fut dans cette commune qu’eut lieu, dès le mois d’avril 1808, une entrevue entre Rifoël et le nommé Boislaurier, chef supérieur et connu sous le nom d’Auguste dans les funestes rébellions de l’Ouest dont l’esprit a dirigé l’affaire actuellement déférée à la Cour.
Ce point obscur des relations de ces deux chefs, victorieusement établi par de nombreux témoins, a d’ailleurs l’autorité de la chose jugée par l’arrêt de condamnation de Rifoël.
Ce Boislaurier s’entendit dès ce temps avec Rifoël pour agir de concert.
Tous deux, et seuls d’abord, ils se communiquèrent leurs atroces projets, inspirés par l’absence de Sa Majesté impériale et royale qui commandait alors ses armées en Espagne. Dès cette époque, ils durent arrêter, comme base fondamentale de leurs opérations, l’enlèvement des recettes de l’État.
Quelque temps après, le nommé Dubut de Caen expédie au château de Saint-Savin un émissaire, le nommé Hiley, dit le Laboureur, connu depuis longtemps comme voleur de diligences, pour donner des renseignements sur les hommes auxquels on pourrait se fier.