—Il vous faut accepter les épreuves, et avant tout CROYEZ! s’écria doucement le vieillard. Tant que vous n’aurez pas la foi, tant que vous n’aurez pas absorbé dans votre cœur et dans votre intelligence le sens divin de l’épître de saint Paul sur la Charité, vous ne pouvez pas participer à nos œuvres.

Godefroid baissa la tête.

Paris, 1843-1845.


LE
DÉPUTÉ D’ARCIS.


I.—TOUTE ÉLECTION COMMENCE PAR DES REMUE-MÉNAGE.

A la fin du mois d’avril 1839, sur les dix heures du matin, le salon de madame Marion, veuve d’un ancien receveur général du département de l’Aube, offrait un coup d’œil étrange. De tous les meubles, il n’y restait que les rideaux aux fenêtres, la garniture de cheminée, le lustre et la table à thé. Le tapis d’Aubusson, décloué quinze jours avant le temps, obstruait les marches du perron, et le parquet venait d’être frotté à outrance, sans en être plus clair. C’était une espèce de présage domestique concernant l’avenir des élections qui se préparaient sur toute la surface de la France. Souvent les choses sont aussi spirituelles que les hommes. C’est un argument en faveur des Sciences Occultes.

Le vieux domestique du colonel Giguet, frère de madame Marion, achevait de chasser la poussière qui s’était glissée dans le parquet pendant l’hiver. La femme de chambre et la cuisinière apportaient, avec une prestesse qui dénotait un enthousiasme égal à leur attachement, les chaises de toutes les chambres de la maison, et les entassaient dans le jardin.

Hâtons-nous de dire que les arbres avaient déjà déplié de larges feuilles à travers lesquelles on voyait un ciel sans nuages. L’air du printemps et le soleil du mois de mai permettaient de tenir ouvertes et la porte-fenêtre et les deux fenêtres de ce salon qui forme un carré long.