—En attendant, dit Frédéric Marest, l’opposition se remue, et vous voyez quelle est l’influence du colonel Giguet. Notre maire, monsieur Beauvisage, préside cette réunion préparatoire...
—Après tout, dit sournoisement Olivier Vinet au sous-préfet, Simon Giguet est votre ami, votre camarade de collége; il sera du parti de M. Thiers, et vous ne risquez rien à favoriser sa nomination.
—Avant de tomber, le ministère actuel peut me destituer. Si nous savons quand on nous destitue, nous ne savons jamais quand on nous renomme, dit Antonin Goulard.
—Collinet l’épicier!... voilà le soixante-septième électeur entré chez le colonel Giguet, dit M. Martener qui faisait son métier de juge d’instruction en comptant les électeurs.
—Si Charles Keller est le candidat du ministère, reprit Antonin Goulard, on aurait dû me le dire, et ne pas donner le temps à Simon Giguet de s’emparer des esprits!
Ces quatre personnages arrivèrent en marchant lentement jusqu’à l’endroit où cesse le boulevard, et où il devient la place publique.
—Voilà M. Groslier! dit le juge en apercevant un homme à cheval.
Ce cavalier était le commissaire de police; il aperçut le gouvernement d’Arcis réuni sur la voie publique, et se dirigea vers les quatre magistrats.
—Eh bien! monsieur Groslier?... fit le sous-préfet en allant causer avec le commissaire à quelques pas de distance des trois magistrats.
—Monsieur, dit le commissaire de police à voix basse, M. le préfet m’a chargé de vous apprendre une triste nouvelle: M. le vicomte Charles Keller est mort. La nouvelle est arrivée avant-hier à Paris par le télégraphe, et les deux messieurs Keller, le comte de Gondreville, la maréchale de Carigliano, enfin toute la famille est depuis hier à Gondreville. Abd-el-Kader a repris l’offensive en Afrique, et la guerre s’y fait avec acharnement. Ce pauvre jeune homme a été l’une des premières victimes des hostilités. Vous recevrez ici même, m’a dit M. le préfet, relativement à l’élection, des instructions confidentielles...