—C’est alors un bien grand personnage?

—Oh! oui, monsieur; car Gothard, l’intendant de Cinq-Cygne, est venu ce matin voir son beau-frère Poupart, et lui a recommandé la plus grande discrétion en toute chose sur ce monsieur, et de le servir comme si c’était un roi...

—Vinet aurait-il raison? se dit le sous-préfet. Y aurait-il quelque conspiration?...

—C’est le duc Georges de Maufrigneuse qui a envoyé monsieur Gothard au Mulet. Si Poupart est venu ce matin ici, à cette assemblée, c’est que ce comte a voulu qu’il y allât. Ce monsieur dirait à M. Poupart d’aller ce soir à Paris, il partirait... Gothard a dit à son beau-frère de tout confondre pour ce monsieur-là, et de se moquer des curieux.

—Si tu peux avoir Anicette, ne manque pas de m’en prévenir!... dit Antonin.

—Mais je peux bien l’aller voir à Cinq-Cygne, si monsieur veut m’envoyer chez lui au Valpreux.

—C’est une idée. Tu profiteras du chariot pour t’y rendre... Mais qu’as-tu à dire du petit domestique?

—C’est un crâne que ce petit garçon! monsieur le sous-préfet. Figurez-vous, monsieur, que, gris comme il l’est, il vient de partir sur le magnifique cheval anglais de son maître, un cheval de race qui fait sept lieues à l’heure, pour porter une lettre à Troyes afin qu’elle soit demain à Paris... Et ça n’a que neuf ans et demi! Qu’est-ce que ce sera donc à vingt ans?

Le sous-préfet écouta machinalement ce dernier commérage administratif. Et alors Julien bavarda pendant quelques minutes. Antonin Goulard écoutait Julien tout en pensant à l’inconnu.

—Attends, dit le sous-préfet à son domestique.