—Un juge ne peut et ne doit rien promettre. Coquart! dites à l’huissier et aux gendarmes de reconduire le prévenu à la Conciergerie...—Je donnerai des ordres pour que ce soir vous soyez à la pistole, ajouta-t-il avec douceur en faisant un léger salut de tête au prévenu.
Frappé de la demande que Jacques Collin venait de lui adresser et se rappelant l’insistance qu’il avait mise à être interrogé le premier, en s’appuyant sur son état de maladie, Camusot reprit toute sa défiance. En écoutant ses soupçons indéterminés, il vit le prétendu moribond allant, marchant comme un Hercule, ne faisant plus aucune des singeries si bien jouées qui en avaient signalé l’entrée.
—Monsieur?...
Jacques Collin se retourna.
—Mon greffier, malgré votre refus de le signer, va vous lire le procès-verbal de votre interrogatoire.
Le prévenu jouissait d’une admirable santé, le mouvement par lequel il vint s’asseoir près du greffier fut un dernier trait de lumière pour le juge.
—Vous avez été promptement guéri? dit Camusot.
—Je suis pincé, pensa Jacques Collin. Puis il répondit à haute voix:—La joie, monsieur, est la seule panacée qui existe... cette lettre, la preuve d’une innocence dont je ne doutais pas... voilà le grand remède.
Le juge suivit son prévenu d’un regard pensif lorsque l’huissier et les gendarmes l’entourèrent; puis il fit le mouvement d’un homme qui se réveille, et jeta la lettre d’Esther sur le bureau de son greffier.
—Coquart, copiez cette lettre!...