—Si vous lisiez les interrogatoires que monsieur Camusot a fait subir aux deux prévenus, vous verriez que tout dépend de lui...

Après cette phrase, la seule que le procureur général pouvait se permettre, et après un regard d’une finesse féminine, il se dirigea vers la porte de son cabinet. Puis il ajouta sur le seuil en se retournant:—Pardonnez-moi, madame, j’ai deux mots à dire à Bauvan...

Ceci, dans le langage du monde, signifiait pour la comtesse: Je ne peux pas être témoin de ce qui va se passer entre vous et Camusot.

—Qu’est-ce que c’est que ces interrogatoires? dit alors Léontine avec douceur à Camusot resté tout penaud devant la femme d’un des plus grands personnages de l’État.

—Madame, répondit Camusot, un greffier met par écrit les demandes du juge et les réponses des prévenus, le procès-verbal est signé par le greffier, par le juge et par les prévenus. Ces procès-verbaux sont les éléments de la procédure, ils déterminent l’accusation et le renvoi des accusés devant la cour d’assises.

—Eh bien, reprit-elle, si l’on supprimait ces interrogatoires?...

—Ah! madame, ce serait un crime pour le magistrat...

—C’est un crime bien plus grand de les avoir écrits; mais, en ce moment, c’est la seule preuve contre Lucien. Voyons, lisez-moi son interrogatoire afin de savoir s’il nous reste quelque moyen de nous sauver tous; il ne s’agit pas seulement de moi, qui me donnerais froidement la mort, il s’agit aussi du bonheur de monsieur de Sérisy.

—Madame, dit Camusot, ne croyez pas que j’aie oublié les égards que je vous devais, et si monsieur Popinot, par exemple, avait été commis à cette instruction, vous eussiez été plus malheureuse que vous ne l’êtes avec moi. Tenez, madame, on a tout saisi chez monsieur Lucien, même vos lettres...

—Oh! mes lettres!