—C’est un des sept châles envoyés par Sélim, avant sa catastrophe, à l’empereur Napoléon. L’impératrice Joséphine, une créole, comme milady le sait, très capricieuse, le céda contre un de ceux apportés par l’ambassadeur turc et que mon prédécesseur avait achetés: mais, je n’en ai jamais trouvé le prix; car, en France, nos dames ne sont pas assez riches, ce n’est pas comme en Angleterre... Ce châle vaut sept mille francs, qui, certes, en représentent quatorze ou quinze par les intérêts composés...
—Composé de quoi? dit l’Anglaise. (Komppôsai dé quoâ?)
—Voici, madame.
Et le patron, en prenant des précautions que les démonstrateurs du Grune-gevelbe de Dresde eussent admirées, ouvrit avec une clef minime une boîte carrée de bois de cèdre dont la forme et la simplicité firent une profonde impression sur l’Anglaise. De cette boîte, doublée de satin noir, il sortit un châle d’environ quinze cents francs, d’un jaune d’or, à dessins noirs, dont l’éclat n’était surpassé que par la bizarrerie des inventions indiennes.
—Splendid! dit l’Anglaise, il est vraiment beau... Voilà mon idéal (idéol) de châle: it is very magnificent...
Le reste fut perdu dans la pose de madone qu’elle prit pour montrer ses yeux sans chaleur, qu’elle croyait beaux.
—L’empereur Napoléon l’aimait beaucoup, il s’en est servi...
—Bocop, répéta-t-elle.
Elle prit le châle, le drapa sur elle, s’examina. Le patron reprit le châle, vint au jour le chiffonner, le mania, le fit reluire; il en joua comme Liszt joue du piano.
—C’est very fine, beautiful, sweet! dit l’Anglaise de l’air le plus tranquille.