—Comment! toi, Pille-miche, avare comme lui, ne devines-tu pas que le vieux cancre aura bien pu dépenser quelques milliers de livres pour construire dans les fondations de cette voûte un réduit dont l’entrée est cachée par un secret?

L’avare et la jeune fille entendirent un gros rire échappé à Pille-miche.

—Ben vrai, dit-il.

—Reste ici, reprit madame du Gua. Attends-les à la sortie. Pour un seul coup de fusil je te donnerai tout ce que tu trouveras dans le trésor de notre usurier. Si tu veux que je te pardonne d’avoir vendu cette fille quand je t’avais dit de la tuer, obéis-moi.

—Usurier! dit le vieux d’Orgemont, je ne lui ai pourtant prêté qu’à neuf pour cent. Il est vrai que j’ai une caution hypothécaire! Mais enfin, voyez comme elle est reconnaissante! Allez, madame, si Dieu nous punit du mal, le diable est là pour nous punir du bien, et l’homme placé entre ces deux termes-là, sans rien savoir de l’avenir, m’a toujours fait l’effet d’une règle de trois dont l’X est introuvable.

Il laissa échapper un soupir creux qui lui était particulier, car, en passant par son larynx, l’air semblait y rencontrer et attaquer deux vieilles cordes détendues. Le bruit que firent Pille-miche et madame du Gua en sondant de nouveau les murs, les voûtes et les dalles, parut rassurer d’Orgemont, qui saisit la main de sa libératrice pour l’aider à monter une étroite vis saint-gilles, pratiquée dans l’épaisseur d’un mur en granit. Après avoir gravi une vingtaine de marches, la lueur d’une lampe éclaira faiblement leurs têtes. L’avare s’arrêta, se tourna vers sa compagne, en examina le visage comme s’il eût regardé, manié et remanié une lettre de change douteuse à escompter, et poussa son terrible soupir.

—En vous mettant ici, dit-il après un moment de silence, je vous ai remboursé intégralement le service que vous m’avez rendu; donc, je ne vois pas pourquoi je vous donnerais...

—Monsieur, laissez-moi là, je ne vous demande rien, dit-elle.

Ces derniers mots, et peut-être le dédain qu’exprima cette belle figure, rassurèrent le petit vieillard, car il répondit, non sans un soupir: —Ah! en vous conduisant ici, j’en ai trop fait pour ne pas continuer...

Il aida poliment Marie à monter quelques marches assez singulièrement disposées, et l’introduisit moitié de bonne grâce, moitié rechignant, dans un petit cabinet de quatre pieds carrés, éclairé par une lampe suspendue à la voûte. Il était facile de voir que l’avare avait pris toutes ses précautions pour passer plus d’un jour dans cette retraite, si les événements de la guerre civile l’eussent contraint à y rester longtemps.