Ces réflexions diplomatiques furent bien inutiles. Le désir que le comte se promettait de feindre pour mademoiselle de Verneuil devint un violent caprice que cette dangereuse créature se plut à entretenir.
—Monsieur le comte, dit-elle, vous êtes mon prisonnier, et j’ai le droit de disposer de vous. Votre exécution n’aura lieu que de mon consentement, et j’ai trop de curiosité pour vous laisser fusiller maintenant.
—Et si j’allais m’entêter à garder le silence, répondit-il gaiement.
—Avec une femme honnête, peut-être, mais avec une fille! allons donc, monsieur le comte, impossible. Ces mots, remplis d’une ironie amère, furent sifflés, comme dit Sully en parlant de la duchesse de Beaufort, d’un bec si affilé, que le gentilhomme, étonné, se contenta de regarder sa cruelle antagoniste. —Tenez, reprit-elle d’un air moqueur, pour ne pas vous démentir, je vais être comme ces créatures-là, bonne fille. Voici d’abord votre carabine. Et elle lui présenta son arme par un geste doucement moqueur.
—Foi de gentilhomme, vous agissez, mademoiselle...
—Ah! dit-elle en l’interrompant, j’ai assez de la foi des gentilshommes. C’est sur cette parole que je suis entrée à la Vivetière. Votre chef m’avait juré que moi et mes gens nous y serions en sûreté.
—Quelle infamie! s’écria Hulot en fronçant les sourcils.
—La faute en est à M. le comte, reprit-elle en montrant le gentilhomme à Hulot. Certes, le Gars avait bonne envie de tenir sa parole; mais monsieur a répandu sur moi je ne sais quelle calomnie qui a confirmé toutes celles qu’il avait plu à la Jument de Charrette de supposer...
—Mademoiselle, dit le comte tout troublé, la tête sous la hache, j’affirmerais n’avoir dit que la vérité...
—En disant quoi?