—Vous me prouvez là, dit-elle en essayant de lui faire jeter le charbon, que vous me livreriez au plus cruel de tous les supplices. Vous êtes extrême en tout. Sur la foi d’un sot et les calomnies d’une femme, vous avez soupçonné celle qui venait de vous sauver la vie d’être capable de vous vendre.

—Oui, dit-il en souriant, j’ai été cruel envers vous; mais oubliez-le toujours, je ne l’oublierai jamais. Écoutez-moi. J’ai été indignement trompé, mais tant de circonstances dans cette fatale journée se sont trouvées contre vous.

—Et ces circonstances suffisaient pour éteindre votre amour?

Il hésitait à répondre, elle fit un geste de dédain et se leva.

—Oh! Marie, maintenant je ne veux plus croire que vous...

—Mais jetez donc ce feu! Vous êtes fou. Ouvrez votre main, je le veux.

Il se plut à opposer une molle résistance aux doux efforts de sa maîtresse, pour prolonger le plaisir aigu qu’il éprouvait à être fortement pressé par ses doigts mignons et caressants; mais elle réussit enfin à ouvrir cette main qu’elle aurait voulu pouvoir baiser. Le sang avait éteint le charbon.

—Eh! bien, à quoi cela vous a-t-il servi?... dit-elle.

Elle fit de la charpie avec son mouchoir, et en garnit une plaie peu profonde que le marquis couvrit bientôt de son gant. Madame du Gua arriva sur la pointe du pied dans le salon de jeu, et jeta de furtifs regards sur les deux amants, aux yeux desquels elle échappa avec adresse en se penchant en arrière à leurs moindres mouvements; mais il lui était certes difficile de s’expliquer les propos des deux amants par ce qu’elle leur voyait faire.

—Si tout ce qu’on vous a dit de moi était vrai, avouez qu’en ce moment je serais bien vengée, dit Marie avec une expression de malignité qui fit pâlir le marquis.