—Oui, dit-il en se mettant à genoux devant elle et lui prenant les deux mains qu’il couvrit de baisers, oui, mon amour, je suis à toi pour la vie.
Elle le poussa violemment et se leva. Ses traits se contractèrent, elle rit comme rient les fous et lui dit: —Tu n’en crois pas un mot, homme plus fourbe que le plus ignoble scélérat. Elle sauta vivement sur le poignard qui se trouvait auprès d’un vase de fleurs, et le fit briller à deux doigts de la poitrine du jeune homme surpris. —Bah! dit-elle en jetant cette arme, je ne t’estime pas assez pour te tuer! Ton sang est même trop vil pour être versé par des soldats, et je ne vois pour toi que le bourreau.
Ces paroles furent péniblement prononcées d’un ton bas, et elle trépignait des pieds comme un enfant gâté qui s’impatiente. Le marquis s’approcha d’elle en cherchant à la saisir.
—Ne me touchez pas! s’écria-t-elle en se reculant par un mouvement d’horreur.
—Elle est folle, se dit le marquis au désespoir.
—Oui, folle, répéta-t-elle, mais pas encore assez pour être ton jouet. Que ne pardonnerais-je pas à la passion; mais vouloir me posséder sans amour, et l’écrire à cette...
—A qui donc ai-je écrit? demanda-t-il avec un étonnement qui certes n’était pas joué.
—A cette femme chaste qui voulait me tuer.
Là, le marquis pâlit, serra le dos du fauteuil qu’il tenait de manière à le briser, et s’écria: —Si madame du Gua a été capable de quelque noirceur...
Mademoiselle de Verneuil chercha la lettre, ne la retrouva plus, appela Francine, et la Bretonne vint.