LE PÈRE MOREAU ET SA FEMME.
Ils avaient travaillé sans cesse et sans cesse souffert ensemble.
(LE MÉDECIN DE CAMPAGNE.)
—Eh! bien, mon brave père Moreau, vous voulez donc absolument toujours travailler?
—Oui, monsieur Benassis. Je vous défricherai encore une bruyère ou deux avant de crever, répondit gaiement le vieillard dont les petits yeux noirs s’animèrent.
—Est-ce du vin que porte là votre femme? Si vous ne voulez pas vous reposer, au moins faut-il boire du vin.
—Me reposer! ça m’ennuie. Quand je suis au soleil, occupé à défricher, le soleil et l’air me raniment. Quant au vin, oui, monsieur, ceci est du vin, et je sais bien que c’est vous qui nous l’avez fait avoir pour presque rien chez monsieur le maire de Courteil. Ah! vous avez beau être malicieux, on vous reconnaît tout de même.
—Allons, adieu, la mère. Vous allez sans doute à la pièce du Champferlu aujourd’hui?
—Oui, monsieur, elle a été commencée hier soir.
—Bon courage! dit Benassis. Vous devez quelquefois être bien contents en voyant cette montagne que vous avez presque toute défrichée à vous seuls.