La Fosseuse se leva par un mouvement brusque et sortit.
—Hé! bien, dit le médecin à l’officier, comment la trouvez-vous?
—Mais, répondit Genestas, elle m’a singulièrement ému. Comme vous lui avez gentiment arrangé son nid!
—Bah! du papier à quinze ou vingt sous, mais bien choisi, voilà tout. Les meubles ne sont pas grand’chose, ils ont été fabriqués par mon vannier qui a voulu me témoigner sa reconnaissance. La Fosseuse a fait elle-même les rideaux avec quelques aunes de calicot. Son habitation, son mobilier si simple vous semblent jolis parce que vous les trouvez sur le penchant d’une montagne, dans un pays perdu où vous ne vous attendiez pas à rencontrer quelque chose de propre; mais le secret de cette élégance est dans une sorte d’harmonie entre la maison et la nature qui a réuni là des ruisseaux, quelques arbres bien groupés, et jeté sur cette pelouse ses plus belles herbes, ses fraisiers parfumés, ses jolies violettes.
—Hé! bien, qu’avez-vous? dit Benassis à la Fosseuse qui revenait.
—Rien, rien, répondit-elle, j’ai cru qu’une de mes poules n’était pas rentrée.
Elle mentait; mais le médecin fut seul à s’en apercevoir, et il lui dit à l’oreille: Vous avez pleuré.
—Pourquoi me dites-vous de ces choses-là devant quelqu’un? lui répondit-elle.
—Mademoiselle, lui dit Genestas, vous avez grand tort de rester ici toute seule; dans une cage aussi charmante que l’est celle-ci, il vous faudrait un mari.
—Cela est vrai, dit-elle, mais que voulez-vous, monsieur? je suis pauvre et je suis difficile. Je ne me sens pas d’humeur à aller porter la soupe aux champs ou à mener une charrette, à sentir la misère de ceux que j’aimerais sans pouvoir la faire cesser, à tenir des enfants sur mes bras toute la journée, et à rapetasser les haillons d’un homme. Monsieur le curé me dit que ces pensées sont peu chrétiennes, je le sais bien, mais qu’y faire? En certains jours, j’aime mieux manger un morceau de pain sec que de m’accommoder quelque chose pour mon dîner. Pourquoi voulez-vous que j’assomme un homme de mes défauts? il se tuerait peut-être pour satisfaire mes fantaisies, et ce ne serait pas juste. Bah! l’on m’a jeté quelque mauvais sort, et je dois le supporter toute seule.