—Les barbares! voilà ce qu’ils me réservaient, dit-il en fermant les yeux.

Denise, en fille qui venait de vivre en prison, s’y défiait de tout, l’espion s’était sans doute caché pour revenir; elle se précipita sur son frère, pencha son visage en larmes sur le sien, et lui dit à l’oreille: —On nous écoutera peut-être.

—Autrement on ne vous aurait pas envoyées, répondit-il à haute voix. J’ai depuis longtemps demandé comme une grâce de ne voir personne de ma famille.

—Comme ils me l’ont arrangé, dit la mère au curé. Mon pauvre enfant, mon pauvre enfant! Elle tomba sur le pied du grabat, en cachant sa tête dans la soutane du prêtre, qui se tint debout auprès d’elle. —Je ne saurais le voir ainsi lié, garrotté, mis dans ce sac...

—Si Jean, dit le curé, veut me promettre d’être sage, de ne point attenter à sa vie, et de se bien conduire pendant que nous serons avec lui, j’obtiendrai qu’il soit délié; mais la moindre infraction à sa promesse retomberait sur moi.

—J’ai tant besoin de me mouvoir à ma fantaisie, cher monsieur Bonnet, dit le condamné dont les yeux se mouillèrent de larmes, que je vous donne ma parole de vous satisfaire.

Le curé sortit, le geôlier entra, la camisole fut ôtée.

—Vous ne me tuerez pas ce soir, lui dit le porte-clefs.

Jean ne répondit rien.

—Pauvre frère! dit Denise en apportant un panier que l’on avait soigneusement visité, voici quelques-unes des choses que tu aimes, car on te nourrit sans doute pour l’amour de Dieu!