—Ma foi, commandant, répondit Merle en riant, j’ai aperçu le bout du nez de la jeune dame cachée au fond de la malle, et j’avoue que tout le monde pourrait sans déshonneur se sentir, comme je l’éprouve, la démangeaison d’aller tourner autour de cette voiture pour nouer avec les voyageurs un petit bout de conversation.

—Gare à toi, Merle, dit Gérard. Les corneilles coiffées sont accompagnées d’un citoyen assez rusé pour te prendre dans un piége.

—Qui? Cet incroyable dont les petits yeux vont incessamment d’un côté du chemin à l’autre, comme s’il y voyait des Chouans; ce muscadin à qui on aperçoit à peine les jambes; et qui, dans le moment où celles de son cheval sont cachées par la voiture, a l’air d’un canard dont la tête sort d’un pâté! Si ce dadais-là m’empêche jamais de caresser sa jolie fauvette...

—Canard, fauvette! Oh! mon pauvre Merle, tu es furieusement dans les volatiles. Mais ne te fie pas au canard! Ses yeux verts me paraissent perfides comme ceux d’une vipère et fins comme ceux d’une femme qui pardonne à son mari. Je me défie moins des Chouans que de ces avocats dont les figures ressemblent à des carafes de limonade.

—Bah! s’écria Merle gaiement, avec la permission du commandant, je me risque! Cette femme-là a des yeux qui sont comme des étoiles, on peut tout mettre au jeu pour les voir.

—Il est pris le camarade, dit Gérard au commandant, il commence à dire des bêtises.

Hulot fit la grimace, haussa les épaules et répondit: —Avant de prendre le potage, je lui conseille de le sentir.

—Brave Merle, reprit Gérard en jugeant à la lenteur de sa marche qu’il manœuvrait pour se laisser graduellement gagner par la malle, est-il gai! C’est le seul homme qui puisse rire de la mort d’un camarade sans être taxé d’insensibilité.

—C’est le vrai soldat français, dit Hulot d’un ton grave.

—Oh! le voici qui ramène ses épaulettes sur son épaule pour faire voir qu’il est capitaine, s’écria Gérard en riant, comme si le grade y faisait quelque chose.