—Oh! oh! Francine, s’écria l’inconnue.
—Plaît-il?
—Voici la troisième tentative que tu fais pour apprendre le terme et la cause de ce voyage.
—Ai-je dit la moindre chose qui puisse me valoir ce reproche?...
—Oh! j’ai bien remarqué ton petit manége. De candide et simple que tu étais, tu as pris un peu de ruse à mon école. Tu commences à avoir les interrogations en horreur. Tu as bien raison, mon enfant. De toutes les manières connues d’arracher un secret, c’est, à mon avis, la plus niaise.
—Eh! bien, reprit Francine, puisqu’on ne peut rien vous cacher, convenez-en, Marie? votre conduite n’exciterait-elle pas la curiosité d’un saint. Hier matin sans ressources, aujourd’hui les mains pleines d’or, on vous donne à Mortagne la malle-poste pillée dont le conducteur a été tué, vous êtes protégée par les troupes du gouvernement, et suivie par un homme que je regarde comme votre mauvais génie...
—Qui, Corentin?... demanda la jeune inconnue en accentuant ces deux mots par deux inflexions de voix pleines d’un mépris qui déborda même dans le geste par lequel elle montra le cavalier. Écoute, Francine, reprit-elle, te souviens-tu de Patriote, ce singe que j’avais habitué à contrefaire Danton, et qui nous amusait tant.
—Oui, mademoiselle.
—Eh! bien, en avais-tu peur?
—Il était enchaîné.