—Hé! bien, répondit-elle, c’est que nous luttons toutes, plus ou moins, contre une destinée incomplète.
—Mademoiselle, pourquoi donc nous quittons-nous ce soir?
—Ah! dit-elle en souriant au regard passionné que lui lança le jeune homme, remontons en voiture, le grand air ne nous vaut rien.
Marie se retourna brusquement, l’inconnu la suivit, et lui serra le bras par un mouvement peu respectueux, mais qui exprima tout à la fois d’impérieux désirs et de l’admiration. Elle marcha plus vite; le marin devina qu’elle voulait fuir une déclaration peut-être importune, il n’en devint que plus ardent, risqua tout pour arracher une première faveur à cette femme, et il lui dit en la regardant avec finesse: —Voulez-vous que je vous apprenne un secret?
—Oh! dites promptement, s’il vous concerne?
—Je ne suis point au service de la République. Où allez-vous? j’irai.
A cette phrase, Marie trembla violemment, elle retira son bras, et se couvrit le visage de ses deux mains pour dérober la rougeur ou la pâleur peut-être qui en altéra les traits; mais elle dégagea tout à coup sa figure, et dit d’une voix attendrie: —Vous avez donc débuté comme vous auriez fini, vous m’avez trompée?
—Oui, dit-il.
A cette réponse, elle tourna le dos à la grosse malle vers laquelle ils se dirigeaient, et se mit à courir presque.
—Mais, reprit l’inconnu, l’air ne vous valait rien?...