—Au moins grondez-moi, demanda-t-il en essayant de prendre une main qu’elle retira; si toutefois vous osez bouder un chef de rebelles, maintenant aussi défiant et sombre qu’il était joyeux et confiant naguère.
Marie ayant regardé le marquis sans colère, il ajouta: —Vous avez mon secret, et je n’ai pas le vôtre.
A ces mots, le front d’albâtre sembla devenu brun, Marie jeta un regard d’humeur au chef et répondit: —Mon secret? jamais.
En amour, chaque parole, chaque coup d’œil, ont leur éloquence du moment; mais là mademoiselle de Verneuil n’exprima rien de précis, et quelque habile que fût Montauran, le secret de cette exclamation resta impénétrable, quoique la voix de cette femme eût trahi des émotions peu ordinaires, qui durent vivement piquer sa curiosité.
—Vous avez, reprit-il, une plaisante manière de dissiper les soupçons.
—En conservez-vous donc? demanda-t-elle en le toisant des yeux comme si elle lui eût dit: —Avez-vous quelques droits sur moi?
—Mademoiselle, répondit le jeune homme d’un air soumis et ferme, le pouvoir que vous exercez sur les troupes républicaines, cette escorte...
—Ah! vous m’y faites penser. Mon escorte et moi, lui demanda-t-elle avec une légère ironie, vos protecteurs enfin, seront-ils en sûreté ici?
—Oui, foi de gentilhomme! Qui que vous soyez, vous et les vôtres, vous n’avez rien à craindre chez moi.
Ce serment fut prononcé par un mouvement si loyal et si généreux, que mademoiselle de Verneuil dut avoir une entière sécurité sur le sort des Républicains. Elle allait parler, quand l’arrivée de madame du Gua lui imposa silence. Cette dame avait pu entendre ou deviner une partie de la conversation des deux amants, et ne concevait pas de médiocres inquiétudes en les apercevant dans une position qui n’accusait plus la moindre inimitié. En voyant cette femme, le marquis offrit la main à mademoiselle de Verneuil, et s’avança vers la maison avec vivacité comme pour se défaire d’une importune compagnie.