—Non, non, dit-elle, je serai généreuse. Adieu. Je ne pensais, en vous suivant, ni à mon passé, ni à votre avenir, j’étais folle.
—Comment, vous me quittez au moment où je vous offre ma vie!...
—Vous l’offrez dans un moment de passion, de désir.
—Sans regret, et pour toujours, dit-il.
Elle rentra. Pour cacher ses émotions, le marquis continua l’entretien.
—Ce gros homme de qui vous me demandiez le nom est un homme redoutable, l’abbé Gudin, un de ces jésuites assez obstinés, assez dévoués peut-être pour rester en France malgré l’édit de 1763 qui les en a bannis. Il est le boute-feu de la guerre dans ces contrées et le propagateur de l’association religieuse dite du Sacré-Cœur. Habitué à se servir de la religion comme d’un instrument, il persuade à ses affiliés qu’ils ressusciteront, et sait entretenir leur fanatisme par d’adroites prédications. Vous le voyez: il faut employer les intérêts particuliers de chacun pour arriver à un grand but. Là sont tous les secrets de la politique.
—Et ce vieillard encore vert, tout musculeux, dont la figure est si repoussante? Tenez, là, l’homme habillé avec les lambeaux d’une robe d’avocat.
—Avocat? il prétend au grade de maréchal de camp. N’avez-vous pas entendu parler de Longuy?
—Ce serait lui! dit mademoiselle de Verneuil effrayée. Vous vous servez de ces hommes!
—Chut! il peut vous entendre. Voyez-vous cet autre en conversation criminelle avec madame du Gua...