—Comment! reprit Aquilina, vous ne vous êtes donc jamais sérieusement regardé, mon cher, vous avez cinquante ans, d’abord! Puis, vous avez une figure à mettre sur les planches d’une fruitière, personne ne la démentira quand elle voudra la vendre comme un potiron. En montant les escaliers, vous soufflez comme un phoque. Votre ventre se trémousse sur lui-même comme un brillant sur la tête d’une femme! Tu as beau avoir servi dans les Dragons, tu es un vieux très-laid. Par ma ficque, je ne te conseille pas, si tu veux conserver mon estime, d’ajouter à ces qualités celle de la niaiserie en croyant qu’une fille comme moi se passera de tempérer ton amour asthmatique par les fleurs de quelque jolie jeunesse.

—Tu veux sans doute rire, Aquilina?

—Eh! bien, ne ris-tu pas, toi? Me prends-tu pour une sotte, en m’annonçant ton départ?—Je partirai ce soir, dit-elle en l’imitant. Grand Lendore, parlerais-tu comme cela si tu quittais ta Naqui? tu pleurerais comme un veau que tu es.

—Enfin, si je pars, me suis-tu? demanda-t-il.

—Dis-moi d’abord si ton voyage n’est pas une mauvaise plaisanterie.

—Oui, sérieusement, je pars.

—Eh! bien, sérieusement, je reste. Bon voyage, mon enfant! je t’attendrai. Je quitterais plutôt la vie que de laisser mon bon petit Paris.

—Tu ne viendrais pas en Italie, à Naples, y mener une bonne vie, bien douce, luxueuse, avec ton gros bonhomme qui souffle comme un phoque?

—Non.

—Ingrate!