—Mais, tôt ou tard, il s’apercevra qu’il n’y a rien sur sa toile, s’écria Poussin.

—Rien sur ma toile, dit Frenhofer en regardant tour à tour les deux peintres et son prétendu tableau.

—Qu’avez-vous fait! répondit Porbus à Poussin.

Le vieillard saisit avec force le bras du jeune homme et lui dit:—Tu ne vois rien, manant! maheustre! bélître! bardache! Pourquoi donc es-tu monté ici?—Mon bon Porbus, reprit-il en se tournant vers le peintre, est-ce que, vous aussi, vous vous joueriez de moi? répondez? je suis votre ami, dites, aurais-je donc gâté mon tableau?

Porbus, indécis, n’osa rien dire; mais l’anxiété peinte sur la physionomie blanche du vieillard était si cruelle, qu’il montra la toile en disant:—Voyez!

Frenhofer contempla son tableau pendant un moment et chancela.

—Rien, rien! Et avoir travaillé dix ans!

Il s’assit et pleura.

—Je suis donc un imbécile, un fou! je n’ai donc ni talent, ni capacité, je ne suis plus qu’un homme riche qui, en marchant, ne fait que marcher! Je n’aurai donc rien produit.

Il contempla sa taille à travers ses larmes, il se releva tout à coup avec fierté, et jeta sur les deux peintres un regard étincelant.