—Haï, mon père? non, dit-elle en se jetant sur son sein, nous vous adorons tous. N’est-ce pas, Félicie? dit-elle à sa sœur qui entrait en ce moment.

—Qu’avez-vous, mon cher père? dit la jeune fille en lui prenant la main.

—Je vous ai ruinés.

—Hé! dit Félicie, nos frères nous feront une fortune. Jean est toujours le premier dans sa classe.

—Tenez, mon père, reprit Marguerite en amenant Balthazar par un mouvement plein de grâce et de câlinerie filiale devant la cheminée où elle prit quelques papiers qui étaient sous le cartel, voici vos lettres de change; mais n’en souscrivez plus, il n’y aurait plus rien pour les payer...

—Tu as donc de l’argent, dit Balthazar à l’oreille de Marguerite quand il fut revenu de sa surprise.

Ce mot suffoqua cette héroïque fille, tant il y avait de délire, de joie, d’espérance dans la figure de son père qui regardait autour de lui, comme pour découvrir de l’or.

—Mon père, dit-elle avec un accent de douleur, j’ai ma fortune.

—Donne-la-moi, dit-il en laissant échapper un geste avide, je te rendrai tout au centuple.

—Oui, je vous la donnerai, répondit Marguerite en contemplant Balthazar qui ne comprit pas le sens que sa fille mettait à ce mot.