—Ah! maintenant, nous allons lire les contrats de mariage, dit Pierquin en regardant l’heure. Mais ces actes-là ne me regardent pas, attendu que la loi me défend d’instrumenter pour mes parents et pour moi. Monsieur Raparlier l’oncle va venir.
En ce moment, les amis de la famille invités au dîner que l’on donnait pour fêter le retour de monsieur Claës et célébrer la signature des contrats, arrivèrent successivement, pendant que les gens apportèrent les cadeaux de noces. L’assemblée s’augmenta promptement et devint aussi imposante par la qualité des personnes qu’elle était belle par la richesse des toilettes. Les trois familles qui s’unissaient par le bonheur de leurs enfants avaient voulu rivaliser de splendeur. En un moment, le parloir fut plein des gracieux présents qui se font aux fiancés. L’or ruisselait et pétillait. Les étoffes dépliées, les châles de cachemire, les colliers, les parures excitaient une joie si vraie chez ceux qui les donnaient et chez celles qui les recevaient, cette joie enfantine à demi se peignait si bien sur tous les visages, que la valeur de ces présents magnifiques était oubliée par les indifférents, assez souvent occupés à la calculer par curiosité. Bientôt commença le cérémonial usité dans la famille Claës pour ces solennités. Le père et la mère devaient seuls être assis, et les assistants demeuraient debout devant eux à distance. A gauche du parloir et du côté du jardin se placèrent Gabriel Claës et mademoiselle Conyncks, auprès de qui se tinrent monsieur de Solis et Marguerite, sa sœur et Pierquin. A quelques pas de ces trois couples, Balthazar et Conyncks, les seuls de l’assemblée qui fussent assis, prirent place chacun dans un fauteuil, près du notaire qui remplaçait Pierquin. Jean était debout derrière son père. Une vingtaine de femmes élégamment mises et quelques hommes, tous choisis parmi les plus proches parents des Pierquin, des Conyncks et des Claës, le maire de Douai qui devait marier les époux, les douze témoins pris parmi les amis les plus dévoués des trois familles, et dont faisait partie le premier président de la cour royale, tous, jusqu’au curé de Saint-Pierre, restèrent debout en formant, du côté de la cour, un cercle imposant. Cet hommage rendu par toute cette assemblée à la paternité qui, dans cet instant, rayonnait d’une majesté royale, imprimait à cette scène une couleur antique. Ce fut le seul moment pendant lequel, depuis seize ans, Balthazar oublia la recherche de l’Absolu. Monsieur Raparlier, le notaire, alla demander à Marguerite et à sa sœur si toutes les personnes invitées à la signature et au dîner qui devait la suivre étaient arrivées; et, sur leur réponse affirmative, il revint prendre le contrat de mariage de Marguerite et de monsieur de Solis, qui devait être lu le premier, quand tout à coup la porte du parloir s’ouvrit, et Lemulquinier se montra le visage flamboyant de joie.
—Monsieur, monsieur!
Balthazar jeta sur Marguerite un regard de désespoir, lui fit un signe et l’emmena dans le jardin. Aussitôt le trouble se mit dans l’assemblée.
—Je n’osais pas te le dire, mon enfant, dit le père à sa fille; mais puisque tu as tant fait pour moi, tu me sauveras de ce dernier malheur. Lemulquinier m’a prêté, pour une dernière expérience qui n’a pas réussi, vingt mille francs, le fruit de ses économies. Le malheureux vient sans doute me les redemander en apprenant que je suis redevenu riche, donne-les-lui sur-le-champ. Ah! mon ange, tu lui dois ton père, car lui seul me consolait dans mes désastres, lui seul encore a foi en moi. Certes, sans lui je serais mort...
—Monsieur, monsieur, criait Lemulquinier.
—Eh! bien? dit Balthazar en se retournant.
—Un diamant!
Claës sauta dans le parloir en apercevant un diamant dans la main de son valet de chambre qui lui dit tout bas:—Je suis allé au laboratoire.
Le chimiste, qui avait tout oublié, jeta un regard sur le vieux Flamand, et ce regard ne pouvait se traduire que par ces mots: «Tu es allé le premier au laboratoire!»