—Ivre du pouvoir. Je peux te tuer! Silence, je suis Néron! je suis Nabuchodonosor.
—Mais, Raphaël, nous sommes en méchante compagnie, tu devrais rester silencieux, par dignité.
—Ma vie a été un trop long silence. Maintenant, je vais me venger du monde entier. Je ne m’amuserai pas à dissiper de vils écus, j’imiterai, je résumerai mon époque en consommant des vies humaines, et des intelligences, des âmes. Voilà un luxe qui n’est pas mesquin, n’est-ce pas l’opulence de la peste! Je lutterai avec la fièvre jaune, bleue, verte, avec les armées, avec les échafauds. Je puis avoir Fœdora. Mais non, je ne veux pas de Fœdora, c’est ma maladie, je meurs de Fœdora! Je veux oublier Fœdora.
—Si tu continues à crier, je t’emporte dans la salle à manger.
—Vois-tu cette Peau? c’est le testament de Salomon. Il est à moi, Salomon, ce petit cuistre de roi! J’ai l’Arabie, Pétrée encore. L’univers à moi. Tu es à moi, si je veux. Ah! si je veux, prends garde? Je peux acheter toute ta boutique de journaliste, tu seras mon valet. Tu me feras des couplets, tu règleras mon papier. Valet! valet, cela veut dire: Il se porte bien, parce qu’il ne pense à rien.
A ce mot, Émile emporta Raphaël dans la salle à manger.
—Eh bien! oui, mon ami, lui dit-il, je suis ton valet. Mais tu vas être rédacteur en chef d’un journal, tais-toi! sois décent, par considération pour moi! M’aimes-tu?
—Si je t’aime! Tu auras des cigares de la Havane, avec cette Peau. Toujours la Peau, mon ami, la Peau souveraine! Excellent topique, je peux guérir les cors. As-tu des cors? Je te les ôte.
—Jamais je ne l’ai vu si stupide.
—Stupide, mon ami? Non. Cette Peau se rétrécit quand j’ai un désir... c’est une antiphrase. Le brachmane, il se trouve un brachmane là-dessous! le brachmane donc était un goguenard, parce que les désirs, vois-tu, doivent étendre...