Elle sauta sur ses genoux et joignit ses mains autour du cou de Raphaël:—Embrassez-moi, dit-elle, pour tous les chagrins que vous m’avez donnés, pour effacer la peine que vos joies m’ont faite, pour toutes les nuits que j’ai passées à peindre mes écrans.

—Tes écrans!

—Puisque nous sommes riches, mon trésor, je puis te dire tout. Pauvre enfant! combien il est facile de tromper les hommes d’esprit! Est-ce que tu pouvais avoir des gilets blancs et des chemises propres deux fois par semaine, pour trois francs de blanchissage par mois? Mais tu buvais deux fois plus de lait qu’il ne t’en revenait pour ton argent. Je t’attrapais sur tout: le feu, l’huile, et l’argent donc? Oh! mon Raphaël, ne me prends pas pour femme, dit-elle en riant, je suis une personne trop astucieuse.

—Mais comment faisais-tu donc?

—Je travaillais jusqu’à deux heures du matin, répondit-elle, et je donnais à ma mère une moitié du prix de mes écrans, à toi l’autre.

Ils se regardèrent pendant un moment, tous deux hébétés de joie et d’amour.

—Oh! s’écria Raphaël, nous paierons sans doute, un jour, ce bonheur par quelque effroyable chagrin.

—Serais-tu marié? cria Pauline. Ah! je ne veux te céder à aucune femme.

—Je suis libre, ma chérie.

—Libre, répéta-t-elle. Libre, et à moi!