—Rue Saint-Lazare. Et toi?

—Rue de Varennes.

—Comme nous serons loin l’un de l’autre, jusqu’à ce que... Elle s’arrêta en regardant son ami d’un air coquet et malicieux.

—Mais, répondit Raphaël, nous avons tout au plus une quinzaine de jours à rester séparés.

—Vrai! dans quinze jours nous serons mariés! Elle sauta comme un enfant. Oh! je suis une fille dénaturée, reprit-elle, je ne pense plus ni à père, ni à mère, ni à rien dans le monde! Tu ne sais pas, pauvre chéri? mon père est bien malade. Il est revenu des Indes, bien souffrant. Il a manqué mourir au Havre, où nous l’avons été chercher. Ah! Dieu, s’écria-t-elle en regardant l’heure à sa montre, déjà trois heures. Je dois me trouver à son réveil, à quatre heures. Je suis la maîtresse au logis: ma mère fait toutes mes volontés, mon père m’adore, mais je ne veux pas abuser de leur bonté, ce serait mal! Le pauvre père, c’est lui qui m’a envoyée aux Italiens hier. Tu viendras le voir demain, n’est-ce pas?

—Madame la marquise de Valentin veut-elle me faire l’honneur d’accepter mon bras?

—Ah! je vais emporter la clef de cette chambre, reprit-elle. N’est-ce pas un palais, notre trésor?

—Pauline, encore un baiser?

—Mille! Mon Dieu, dit-elle en regardant Raphaël, ce sera toujours ainsi, je crois rêver.

Ils descendirent lentement l’escalier; puis, bien unis, marchant du même pas, tressaillant ensemble sous le poids du même bonheur, se serrant comme deux colombes, ils arrivèrent sur la place de la Sorbonne, où la voiture de Pauline attendait.