—As-tu peur?

—Oui, répondit-il. L’œil de cet homme est brûlant et me fascine.

—Veux-tu lui faire des excuses?

—Il n’est plus temps.

Les deux adversaires furent placés à quinze pas l’un de l’autre. Ils avaient chacun près d’eux une paire de pistolets, et, suivant le programme de cette cérémonie, ils devaient tirer deux coups à volonté, mais après le signal donné par les témoins.

—Que fais-tu, Charles? cria le jeune homme qui servait de second à l’adversaire de Raphaël, tu prends la balle avant la poudre.

—Je suis mort, répondit-il en murmurant, vous m’avez mis en face du soleil.

—Il est derrière vous, lui dit Valentin d’une voix grave et solennelle, en chargeant son pistolet lentement, sans s’inquiéter ni du signal déjà donné, ni du soin avec lequel l’ajustait son adversaire.

Cette sécurité surnaturelle avait quelque chose de terrible qui saisit même les deux postillons amenés là par une curiosité cruelle. Jouant avec son pouvoir, ou voulant l’éprouver, Raphaël parlait à Jonathas et le regardait au moment où il essuya le feu de son ennemi. La balle de Charles alla briser une branche de saule, et ricocha sur l’eau. En tirant au hasard, Raphaël atteignit son adversaire au cœur, et, sans faire attention à la chute de ce jeune homme, il chercha promptement la Peau de chagrin pour voir ce que lui coûtait une vie humaine. Le talisman n’était plus grand que comme une petite feuille de chêne.

—Eh! bien, que regardez-vous donc là, postillons? en route, dit le marquis.