—Cher Benjamin, dit le vieillard en adoucissant d’abord sa voix, je t’ai choisi pour femme cette grande et belle demoiselle; elle est l’héritière des domaines d’une branche cadette de la maison de Grandlieu, bonne et vieille noblesse du duché de Bretagne. Ainsi, sois gentil compagnon, et rappelle-toi les plus jolies choses de tes livres pour leur dire des galanteries avant de leur en faire.

—Mon père, le premier devoir d’un gentilhomme n’est-il pas de tenir sa parole?

—Oui!

—Hé! bien, quand je vous ai pardonné la mort de ma mère, morte ici par le fait de son mariage avec vous, ne m’avez-vous pas promis de ne jamais contrarier mes désirs? Moi-même je t’obéirai comme au Dieu de la famille, avez-vous dit. Je n’entreprends rien sur vous, je ne demande que d’avoir mon libre arbitre dans une affaire où il s’en va de ma vie, et qui me regarde seul: mon mariage.

—J’entendais, dit le vieillard en sentant tout son sang lui monter au visage, que tu ne t’opposerais pas à la continuation de notre noble race.

—Vous ne m’avez point fait de condition, dit Étienne. Je ne sais ce que l’amour a de commun avec une race; mais ce que je sais bien, c’est que j’aime la fille de votre vieil ami Beauvouloir, et petite-fille de votre amie la Belle Romaine.

—Mais elle est morte, répondit le vieux colosse d’un air à la fois sombre et railleur qui annonçait l’intention où il était de la faire disparaître.

Il y eut un moment de profond silence.

Le vieillard aperçut les trois dames et le baron d’Artagnon. En cet instant suprême, Étienne, dont le sens de l’ouïe était si délicat, entendit dans la bibliothèque la pauvre Gabrielle qui, voulant faire savoir à son ami qu’elle s’y était renfermée, chantait ces paroles:

Une hermine