Aussi, d’un bond, s’élança-t-il hors de la chambre, en criant d’une voix tonnante:—Au secours! au secours! l’on assassine un Français. Soldats du 6e de ligne, courez chercher le capitaine Diard! Au secours!
Perez avait étreint le marquis, et allait de sa large main lui faire un bâillon naturel, lorsque la courtisane, l’arrêtant, lui dit:—Tenez-le bien, mais laissez-le crier. Ouvrez les portes, laissez-les ouvertes, et sortez tous, je vous le répète.—Quant à toi, reprit-elle en s’adressant à Montefiore, crie, appelle au secours... Quand les pas de tes soldats se feront entendre, tu auras cette lame dans le cœur.—Es-tu marié? Réponds.
Montefiore, tombé sur le seuil de la porte, à deux pas de Juana, n’entendait plus, ne voyait plus rien, si ce n’est la lame du poignard, dont les rayons luisants l’aveuglaient.
—Il m’aurait donc trompée, dit lentement Juana. Il s’est dit libre.
—Il m’a dit être marié, reprit Perez de sa voix grave.
—Sainte Vierge! s’écria dona Lagounia.
—Répondras-tu donc, âme de boue? dit la Marana à voix basse en se penchant à l’oreille du marquis.
—Votre fille, dit Montefiore.
—La fille que j’avais est morte ou va mourir, répliqua la Marana. Je n’ai plus de fille. Ne prononce plus ce mot. Réponds, es-tu marié?
—Non, madame, dit enfin Montefiore, voulant gagner du temps. Je veux épouser votre fille.