—Ah! ce sourire, s’écria Philippe, voyez donc ce sourire! Est-ce possible?

—Elle est déjà froide, répondit monsieur Fanjat.

Monsieur de Sucy fit quelques pas pour s’arracher à ce spectacle; mais il s’arrêta, siffla l’air qu’entendait la folle, et, ne voyant pas sa maîtresse accourir, il s’éloigna d’un pas chancelant, comme un homme ivre, sifflant toujours, mais ne se retournant plus.

Le général Philippe de Sucy passait dans le monde pour un homme très-aimable et surtout très-gai. Il y a quelques jours une dame le complimenta sur sa bonne humeur et sur l’égalité de son caractère.

—Ah! madame, lui dit-il, je paie mes plaisanteries bien cher, le soir, quand je suis seul.

—Êtes-vous donc jamais seul?

—Non, répondit-il en souriant.

Si un observateur judicieux de la nature humaine avait pu voir en ce moment l’expression du comte de Sucy, il en eût frissonné peut-être.

—Pourquoi ne vous mariez-vous pas? reprit cette dame qui avait plusieurs filles dans un pensionnat. Vous êtes riche, titré, de noblesse ancienne; vous avez des talents, de l’avenir, tout vous sourit.

—Oui, répondit-il, mais il est un sourire qui me tue.