—Allons, Juanito, dit-elle d’un son de voix profond.

Sa tête roula aux pieds de Victor. La marquise de Léganès laissa échapper un mouvement convulsif en entendant le bruit; ce fut la seule marque de sa douleur.

—Suis-je bien comme ça, mon bon Juanito? fut la demande que fit le petit Manuel à son frère.

—Ah! tu pleures, Mariquita! dit Juanito à sa sœur.

—Oh! oui, répliqua la jeune fille. Je pense à toi, mon pauvre Juanito, tu seras bien malheureux sans nous.

Bientôt la grande figure du marquis apparut. Il regarda le sang de ses enfants, se tourna vers les spectateurs muets et immobiles, étendit les mains vers Juanito, et dit d’une voix forte:—Espagnols, je donne à mon fils ma bénédiction paternelle! Maintenant, marquis, frappe sans peur, tu es sans reproche.

Mais quand Juanito vit approcher sa mère, soutenue par le confesseur:—Elle m’a nourri, s’écria-t-il.

Sa voix arracha un cri d’horreur à l’assemblée. Le bruit du festin et les rires joyeux des officiers s’apaisèrent à cette terrible clameur. La marquise comprit que le courage de Juanito était épuisé, elle s’élança d’un bond par-dessus la balustrade, et alla se fendre la tête sur les rochers. Un cri d’admiration s’éleva. Juanito était tombé évanoui.

—Mon général, dit un officier à moitié ivre, Marchand vient de me raconter quelque chose de cette exécution, je parie que vous ne l’avez pas ordonnée...

—Oubliez-vous, messieurs, s’écria le général G...t...r, que, dans un mois, cinq cents familles françaises seront en larmes, et que nous sommes en Espagne? Voulez-vous laisser nos os ici?