—C’est mademoiselle Victorine Taillefer!
J’eus un éblouissement.
—Sa belle-mère, me disait ma voisine, dont j’entendis à peine la voix, l’a retirée depuis peu du couvent où s’est tardivement achevée son éducation. Pendant longtemps son père a refusé de la reconnaître. Elle vient ici pour la première fois. Elle est bien belle et bien riche.
Ces paroles furent accompagnées d’un sourire sardonique. En ce moment, nous entendîmes des cris violents, mais étouffés. Ils semblaient sortir d’un appartement voisin et retentissaient faiblement dans les jardins.
—N’est-ce pas la voix de monsieur Taillefer? m’écriai-je.
Nous prêtâmes au bruit toute notre attention, et d’épouvantables gémissements parvinrent à nos oreilles. La femme du banquier accourut précipitamment vers nous, et ferma la fenêtre.
—Évitons les scènes, nous dit-elle. Si mademoiselle Taillefer entendait son père, elle pourrait bien avoir une attaque de nerfs!
Le banquier rentra dans le salon, y chercha Victorine, et lui dit un mot à voix basse. Aussitôt la jeune personne jeta un cri, s’élança vers la porte et disparut. Cet événement produisit une grande sensation. Les parties cessèrent. Chacun questionna son voisin. Le murmure des voix grossit, et des groupes se formèrent.
—M. Taillefer se serait-il... demandai-je.
—Tué, s’écria ma railleuse voisine. Vous en porteriez gaiement le deuil, je pense!