Après cette horrible clameur, jetée par un homme véritablement au désespoir, le jeune courtisan fit un bond énorme, et, le poignard à la main, sauta sur le palier. Mais les acolytes du grand-prévôt étaient habitués à ces rencontres. Quand Georges d’Estouteville fut sur la marche, ils le saisirent avec dextérité, sans s’étonner du vigoureux coup de lame qu’il avait porté à l’un d’eux, et qui, heureusement glissa sur le corselet du garde; puis, ils le désarmèrent, lui lièrent les mains, et le rejetèrent sur le lit devant leur chef immobile et pensif.
Tristan regarda silencieusement les mains du prisonnier, et, se grattant la barbe, il dit à Cornélius en les lui montrant:—Il n’a pas plus les mains d’un truand que celles d’un apprenti. C’est un gentilhomme!
—Dites un Jean-pille-homme, s’écria douloureusement le torçonnier. Mon bon Tristan, noble ou serf, il m’a ruiné, le scélérat! Je voudrais déjà lui voir les pieds et les mains chauffés ou serrés dans vos jolis petits brodequins. Il est, à n’en pas douter, le chef de cette légion de diables invisibles ou visibles qui connaissent tous mes secrets, ouvrent mes serrures, me dépouillent et m’assassinent. Ils sont bien riches, mon compère! Ah! cette fois nous aurons leur trésor, car celui-ci a la mine du roi d’Égypte. Je vais recouvrer mes chers rubis et mes notables sommes; notre digne roi aura des écus à foison...
—Oh, nos cachettes sont plus solides que les vôtres! dit Georges en souriant.
—Ah! le damné larron, il avoue, s’écria l’avare.
Le grand-prévôt était occupé à examiner attentivement les habits de Georges d’Estouteville et la serrure.
—Est-ce toi qui a dévissé toutes ces clavettes?
Georges garda le silence.
—Oh! bien, tais-toi, si tu veux. Bientôt tu te confesseras à saint chevalet, reprit Tristan.
—Voilà qui est parlé, s’écria Cornélius.