—Oh! certes, nous avons fait notre provision pour l’hiver, répondit-elle.
—Eh! bien, montez-la, dit le roi.
—Et que voulez-vous faire de notre farine, sire? s’écria-t-elle effarée, sans être aucunement atteinte par la majesté royale, ressemblant en cela à toutes les personnes en proie à quelque violente passion.
—Vieille folle, veux-tu bien exécuter les ordres de notre gracieux maître, cria Cornélius. Le roi manque-t-il de farine?
—Achetez donc de la belle farine, dit-elle en grommelant dans les escaliers. Ah! ma farine! Elle revint et dit au roi:—Sire, est-ce donc une royale idée que de vouloir examiner ma farine!
Enfin, elle reparut armée d’une de ces poches en toile qui, de temps immémorial, servent en Touraine à porter au marché ou à en rapporter les noix, les fruits et le blé. La poche était à mi-pleine de farine; la ménagère l’ouvrit et la montra timidement au roi, sur lequel elle jetait ces regards fauves et rapides par lesquels les vieilles filles semblent vouloir darder du venin sur les hommes.
—Elle vaut six sous la septérée, dit-elle.
—Qu’importe, répondit le roi, répandez-la sur le plancher. Surtout, ayez soin de l’y étaler de manière à produire une couche bien égale, comme s’il y était tombé de la neige.
La vieille fille ne comprit pas. Cette proposition l’étonnait plus que n’eût fait la fin du monde.
—Ma farine, sire! par terre... mais...