Le duc de Guise prit son frère à part, sans se soucier d’interrompre, et lui dit à l’oreille:—De ce coup, me voici lieutenant-général, sans opposition.
Un fin regard fut toute la réponse du cardinal, il fit ainsi comprendre à son frère qu’il avait déjà saisi tous les avantages à recueillir de la fausse position de Catherine.
—Qui vous a envoyé? dit le duc à Christophe.
—Chaudieu le ministre, répondit-il.
—Jeune homme, tu mens! dit vivement l’homme de guerre, c’est le prince de Condé!
—Le prince de Condé, monseigneur! reprit Christophe d’un air étonné, je ne l’ai jamais rencontré. Je suis du Palais, j’étudie chez monsieur de Thou, je suis son secrétaire, et il ignore que je suis de la religion. Je n’ai cédé qu’aux prières du ministre.
—Assez, fit le cardinal. Appelez monsieur de Robertet, dit-il à Lewiston, car ce jeune drôle est plus rusé que de vieux politiques, il nous a trompés, mon frère et moi, qui lui aurais donné le bon Dieu sans confession.
—Tu n’es pas un enfant, morbleu! s’écria le duc, et nous te traiterons en homme.
—On voulait séduire votre auguste mère, dit le cardinal en s’adressant au roi et voulant le prendre à part pour l’amener à ses fins.
—Hélas! répondit la reine à son fils en prenant un air de reproche et l’arrêtant au moment où le cardinal l’emmenait dans l’oratoire pour le soumettre à sa dangereuse éloquence, vous voyez l’effet de la situation dans laquelle je suis: on me croit irritée du peu d’influence que j’ai dans les affaires publiques, moi la mère de quatre princes de la maison de Valois.